31/08/2008

Pâquis: Et si l'on parlait des établissements publics ?



Intéressante réunion que celle qui a rassemblé dans une même ferveur habitants, parents, commerçants, représentants des associations et de la force publique le mardi 26 août.

La réunion a été sollicitée par les associations du quartier, notamment les commerçants et l'association des habitants  SURVAP, dans une lettre du 5 juin 2008. Les habitants et usagers des Pâquis ont décrit les nuisances quotidiennes (bruit, saleté, stationnement sauvage) et la petite criminalité qu'ils ont vécue ou dont ils ont entendu parler. Un flot nourri de constats et de ressentis.

En face, le commandant Cudré-Mauroux a rappelé d'entrée de cause qu'il dispose de 760 gendarmes pour 450.000 habitants, soit un peu moins de personnel que lors de sa prise de fonction, il y a 20 ans. Et de constater, par les statistiques, l'augmentation des réquisitions (voir TdG du 27 août). Et de s'engager à renforcer temporairement les effectifs dans le quartier et à refaire le point dans un mois avec les habitants. Et d'appeler à plus de concierges dans les immeubles et finalement à la résistance des habitants. Très bien.


Il y a d'autres chiffres, également intéressants, qui n'ont pas été cités durant cette soirée: le nombre d'établissements publics.. En 1968, les établissements publics étaient, selon un rapport de l'Hospice Général, au nombre de 115. La disparition de la clause de besoin aidant, ils sont aujourd'hui 2000 dans tout le canton dont 525 dans les seuls Pâquis ! Autrement dit, les bistrots des Pâquis, qui ont été multipliés par 5 en 40 ans, représentent à eux seuls plus du ¼ de tous les établissements publics genevois. A mon humble avis, je ne pense pas que la population des Pâquis ait augmenté dans les mêmes proportions... Le tableau n'est pas complet si l'on omet la question de l'exploitation.

Selon le Service du commerce (Scom) cité dans un rapport de la Commission des pétitions du Grand Conseil du 8 avril 2008, le même exploitant, qui n'est pas forcément le propriétaire, peut gérer jusqu'à 3 établissements sans compter qu'il arrive qu'un établissement change jusqu'à 5 fois d'exploitant par année. Dans ces conditions, le contrôle devient une gageure tout comme l'application de sanctions.

Le commandant Cudré- Mauroux, priorité oblige, n'a abordé que très liminairement la question des bistrots et des nuisances qui y sont souvent attachées, en particulier le bruit généré par les fermetures tardives et les terrasses. Les autorités de la ville et du canton ont pourtant intérêt à empoigner la question sans trop tarder. Si la progression du nombre d'établissements, avec ou sans terrasse, continue à ce rythme, sans que des moyens de contrôle plus efficaces soient adoptés et sans que les outils légaux soient adaptés à cette progression, on peut sans crainte anticiper quelques sérieux problèmes supplémentaires dans les années à venir. Y compris en matière de recours.1Des habitants des Pâquis, impuissants parce que « pris » entre les fermetures tardives et les ouvertures précoces des « after » annoncent qu'ils vont quitter le quartier. Malgré les efforts de la voirie, les détritus s'amoncèlent devant nombre de bistrots, contribuant à cette impression de laisser-aller qui risque de devenir la marque de fabrique du quartier. Les voitures des clients, parquées un peu partout, achèvent de désespérer les habitants qui continuent de se battre pour des aménagements efficaces et la mobilité douce. Le sentiment d'insécurité naît aussi de ce constat d'impuissance et d'incompréhension devant ce qui peut être perçu comme des infractions mineures, mais qui sont néanmoins des violations récurrentes de la loi. Dont acte.







1Le Tribunal Fédéral, statuant récemment sur le recours d'un tenancier contre un arrêt du tribunal administratif vaudois, s'est dit soucieux des effets des immissions sonores sur les enfants, les malades et les personnes âgées, en précisant que la phase de l'endormissement entre 22h et 23h, mérite d'être particulièrement protégée. Et a débouté le restaurateur qui demandait une permission de minuit pour sa terrasse.

22:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Instructif. Voilà comment une ville dégrade son environnement et je ne parle pas seulement du niveau de CO2. L'Administration n'est plus en charge et a laissé se multiplier des bistrots et à donner les patentes en masse. Pourquoi ? Laxisme, copinage, Pot de Vin,Influence,laissez-aller, procédure facilitée. Les règlements en matière de fermeture sont trop souple. Fermez la moitié des bistrots au Pâquis et la sécurité reviendra. Si seulement les logements à Genève avaient suivi la même courbe exponentielle. Merci de cet article qui révèle une fois de plus les lacunes des procédures administratives.

Écrit par : demain | 01/09/2008

Autre réflexion. Alors que nous allons voter prochainement pour l'adhésion à la Bulgarie et la Roumanie qui est grosso modo une bonne chose (cela désenclavera ces pays et créera de la richesse), voilà qu'aucune gouvernance politique générale (juste des soubresauts) en matière de sécurité à Genève n'est appliquée. Cette tâche devrait revenir au Socialiste Moutinot. Est-ce que la Gauche (comme l'UDC) serait contre l'entrée de ces deux pays mais n'oserait pas l'afficher ? Explication : en laissant la mendicité ou d'autres délits s'installer, puis être mollement réprimés, la gauche braque l'opinion publique contre la minorité Rom et cela peut pénaliser tous les citoyens roumains et infléchir le vote des Suisses.
La politique genevoise mais aussi romande, se doit d'être plus efficace et mieux coordonnée dans la gestion de la sécurité en général. Si la police et les garde frontières sont en sous-effectifs, c'est en partie parce que leur fonction est dévalorisée, leur action toujours critiquée et leur filière de commandement déboussolée. Je le redis il nous faut un Chef de Département de la Police à Genève charismatique, innovant avec des stratégies de fermeté, de médiation et d'accord avec les pays dont les ressortissants commettent des délits. Nous devons avoir une police intercantonale avec de gros moyens pour gérer le territoire.

Écrit par : demain | 01/09/2008

"Alors que nous allons voter prochainement pour l'adhésion à la Bulgarie et la Roumanie qui est grosso modo une bonne chose (cela désenclavera ces pays et créera de la richesse), "

On ne votera pas pour l'adhésion à la Bulgarie et à la Roumanie.

Ces pays seront "désenclavés" que les Suisses votent oui ou non à l'extension de la libre circulation qui concerne la circulation entre la Roumanie, la Bulgarie et la Suisse. Si les Suisses votent non les Roumains et Bulgares pourront librement circuler dans toute l'Union européenne mais pas avec la Suisse (qui ne fait pas partie de l'UE)et réciproquement.

Écrit par : Boris | 01/09/2008

@Boris. Merci de votre précision. Avez-vous un quelconque avis par rapport à l'article ?

Écrit par : demain | 01/09/2008

Mon avis concernant cet article est qu'il est vrai que l'explosion du nombre d'établissements publics et surtout leurs horaires d'ouverture parfois très tardifs ont un certain nombre d'effets positifs (quartier vivant etc..) mais aussi négatifs.Il s'agirait de trouver un équilibre acceptables pour tous.

Écrit par : Boris | 01/09/2008

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