19/09/2008

Surveiller, contrôler et rapporter : bientôt la norme ?





La Grande-Bretagne l'a promue, le Grand Conseil bernois l'a acceptée, Genève l'a intégrée et même le parti socialiste y songe: la vidéo-surveillance s'installe dans la pratique et dans les esprits. Cyclope, le bien nommé projet genevois, scrute 33 lieux répertoriés alors que plus de 120 caméras observent déjà les chalands de la Ville. Souriez, vous êtes filmés: à l'Horloge Fleurie ou au 25, rue du Stand, à la maison Tavel ou au musée Ariana, elles tournent. Le débat public sur l'efficacité de la vidéo-surveillance, les coûts et les risques qu'elle engendre n'a pas eu lieu, mais les autorités, voire certains partis ont choisi de devancer les inquiétudes de la population, au nom de la sécurité, nous dit-on.

Surveiller, contrôler et rapporter, telles sont aussi les instructions appliquées à la lettre par les taupes d'une compagnie de sécurité chargées d'infiltrer des associations de militants, dont la presse s'est faite l'écho. Abus de confiance, violation de la sphère privée, atteinte illicite à la personnalité et à l'honneur: les chefs d'accusation évoqués à l'encontre de la compagnie de sécurité ne doivent pas faire oublier que cette dernière a été activée dans une période de paranoïa grandement favorisée par les autorités et qu'elle s'est engouffrée dans un vide juridique. L'aversion que de tels procédés suscite est à la hauteur de l'inquiétude provoquée par les dérives sécuritaires.

Dans un cas comme dans l'autre, les libertés individuelles sont atteintes et le législateur cantonal est appelé à la rescousse pour pallier les déficiences normatives et entériner une politique du fait accompli. Ceci est très inquiétant. Dans un cas comme dans l'autre, on s'attaque à l'autorité de l'état et aux représentants de la force publique. Dans un cas comme dans l'autre, en réduisant l'être humain à la portion congrue de surveillant de caméras ou d'espion de pacotille, on favorise l'aveuglement plutôt que l'intelligence, la menace et la suspicion plutôt que la solidarité, la régression sociale plutôt que le développement. Ceci ne doit pas être la norme.




13:04 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (17)

Commentaires

Voila, je suis rassuré.
"Conseillère municipale, juriste, cheffe du projet environnement du CICR; tête de la liste Les Verts à la Constituante"

En effet, y'a qu'une Verte (passez le bonjour à Sarah Klopmann et famille [en fait, la dynastie Klompann]) pour avoir peur des ... gendarmes.

Petits, les enfants apprennent que les gendarmes sont leurs amis.
Devenus adultes ... c'est une toute autre histoire ...

Pourquoi, finalement, nous, genevois, en 2008, n'allons pas copier les américains et leur second amendement de la Constitution ?

IIe amendement de la Constitution des États-Unis d'Amérique.

Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, le droit qu'a le peuple de détenir et de porter des armes ne sera pas transgressé.

La sécurité assurée par son arme à soi.

Quand on voit tout ce que l'on copie sur les américains, une idée de plus ...

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 19/09/2008

Bravo pour cette réflexion! Il semble aujourd'hui que les peurs prennent le dessus sur le bon sens.... et qu'au nom d'une prétendue sécurité, on soit prêt à accepter beaucoup de choses. Quel dommage!

Écrit par : Sophie | 22/09/2008

Le respect de la sphère privée sacrifiée sur l'autel d'une pseudo-sécurité, d'autant plus illusoire que les mesure qu'elle prône sont inquisitrices et tyranniques, l'Etat renonçant avec inconscience et laxisme à des monopoles, des domaines réservés qui devraient fonder son autorité, un pays qui découvre avec stupeur qu'aucune loi n'interdit à une agence privée de sécurité d'usurper des fonctions de police, voilà le résultat de trente années d'une politique allant à rebours du bon sens : le profit érigé au rang de paradigme de l'administration et du gouvernement et les libertés individuelles bradées à cette seule fin, au nom de la sécurité. On a raison de dire que la parole a été donnée à l'homme pour déguiser sa pensée!

Mais quel tour de force, selon moi, d'avoir réussi à créer un sentiment d'insécurité complètement irraisonné, dans l'un des pays les plus sûrs du globe!

Écrit par : Xavier Andenmatten | 24/09/2008

Merci pour ce commentaire qui met l'accent sur le sentiment d'insécurité dans un des pays les plus sûrs du monde. De quoi ont peur les Suisses ?

Marguerite

Écrit par : Contat Hickel Marguerite | 24/09/2008

En effet, le débat peut porter sur l'efficacité d'un tel déploiement coûteux car derrière le monitoring, il faudra jour et nuit des personnes payées pour visionner sinon très vite cet effet dissuasif n'en sera plus un. Avec la crise de recrutement chez la police actuelle, je me demande si nous pourrons nous offrir ce luxe.

Si c'est seulement pour visionner après coup les actes de vandalisme ou d'agression cela peut servir à repérer les auteurs mais les personnes attaquées ou les dépravations ne seront pas mieux protégées.

Augmenter les effectifs et les rondes de police (jour & nuit en quart) reste pour une ville de la taille de Genève, son meilleur atout mais cela demande surtout une meilleure réorganisation du corps de police (horaire, disponibilité), un recrutement élargi et une formation adéquate ainsi que de gros moyens financiers.

Écrit par : demain | 24/09/2008

Je suis d'accord avec vous. Je pense que rien ne remplace la présence physique des policiers et ilotiers sur le terrain et que la dissuasion vient saussi et surtour de cette présence policière. J'ai appris que la police /gendarmerie allait bénéficier de 18 postes de plus. Pas énorme car j'ai bien entendu le commandant Cudré-Mauroux affirmer, lors d'une réunion avec les habitants du quartier des Pâquis,le 26 août, que l'effectif actuel à sa disposition était même légèrement inférieur à celui dont il disposait il y a 20 ans....

Écrit par : Contat Hickel Marguerite | 24/09/2008

Une question s'impose, après le commentaire de Xavier Andenmatten.

Pourquoi la Suisse ne se dote-t-elle pas d'une liste des organisations terroristes ?

C'est pour mieux faire l'autruche ?
état ? état ? l'état c'est vous, nous, lui et moi.

Ce n'est pas ... Fantomas.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/09/2008

@Marguerite. Cette information sur l'effectif de police à disposition qui ne dépasse pas celui de 20 ans en arrière est significatif d'une certaine forme de gouvernance (ici Genève) qui n'anticipe pas et donc ne peut s'organiser sur le long terme.
Si le département de la police était vraiment en liaison avec le Bureau des Habitants de Genève, ses responsables durant ses années auraient pu voir les statistiques que la population officielle enregistrée avait fortement augmentée depuis ce laps de temps. De plus, la crise du logement est en partie directement liée au nombre croissant des habitants dans le Canton. Je pense que le manque de coordination et surtout de dialogue entre les services de l'Etat et de la Ville sont au coeur d'une terrible myopie de la situation sur le terrain et donc des décisions qui auraient du s'étaler sur le temps.

Écrit par : demain | 24/09/2008

Faites revenir Gérard Ramseyer, demain et les effectifs de police vont de suite augmenter.
Gardez Laurent Mou (on le savait déjà) tin-Haut et plus personne ne voudras devenir policier.

Ce n'est pas conduits par la Bonfanti, que les gendarmes avanceront.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/09/2008

Je crois que les Suisses eux-même ne savent pas de quoi ils ont peur. Comme je l'ai dit, il s'agit d'un sentiment irraisonné, instillé par ceux à qui il est utile, pour leur assurer pouvoir et profit.

Pour répondre à Victor Dumitrescu, je procéderai en deux temps.

En premier lieu, une telle liste ne se justifie par aucune utilité dans notre pays qui, n'étant pas impliqué dans les évènements militaires de la planète de la même façon que des puissances telles que la France, l'Espagne ou la Grande-Bretagne, n'est de ce fait pas menacée par le terrorisme, actuellement. A ma connaissance, les organisations qui le pratiquent en font un procédé de guerre contre la population et le pays ciblés. Je ne sache pas qu'il y ait eu à déplorer des attentats-ou des tentatives pour en perpétrer- en Suisse. D'ailleurs, même dans les périodes les plus troublées de son histoire moderne, il ne me semble pas que cette menace ait été manifeste dans ce pays.

En second lieu, il faudrait s'assurer que de telles listes ne contreviennent pas aux lois en vigueur sur la protection de la sphère privée, la loi fédérale sur la protection des données en particulier. Cependant, à ma connaissance, l'une des tâches de la police fédérale consiste à lutter contre le terrorisme ; il y a fort à parier que celle-ci connait des réseaux qu'elle infiltre, si elle fait son travail. Que ce fait ne soit pas connu du public n'implique pas son inexistence.

Écrit par : Xavier Andenmatten | 24/09/2008

Comme si la présence de Lénine, Sobelsohn, Mussolini devait être oubliée.
Et les gréves ?

1918, la politique de la confrontation sociale culmina dans la grève générale décrétée par le Comité d'Olten, impliquant 250'000 grévistes.

En effet, le Comité d'Olten, le conseil supérieur de l'Extrême gauche sous la présidence de Robert Grimm et la légation des Soviets à Berne sous la direction de Berzine (Winter de son vrai nom) chef de mission de l'URSS à Berne et secondé de Zalkinde (parent de Leon Trotsky-Bronstein), encouragés par la révolution russe collaboraient activement à la subversion du régime constitutionnel et du gouvernement suisse afin de permettre l'avènement de la dictature rouge en Suisse

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/09/2008

En ce qui concerne le sous-effectif de la gendarmerie, il est en effet manifeste, ce corps fonctionnant bon an mal an avec un effectif de 720 à 780 gendarmes alors que la loi prévoit un effectif de 960 agents. Il semble que de grands efforts aient été déployés jusqu'à présent, mais sans succès.

A mon avis, cela provient d'un déficit d'image et de crédibilité : le comportement irresponsable et parfois même délinquant ou criminel des forces de l'ordre en est la première cause. Donc, si les gendarmes veulent voir leurs effectifs augmenter, il ne leur reste plus qu'à amender leur conduite et à ce conduire avec dignité et probité.

Ramseyer! Je n'ai pas oublié que c'est sous son règne que la crise à débuté et s'est tout de suite enlisée. Elle a commencé par une grève de la gendarmerie, doublement illégale puisque d'une part, en Suisse, la police n'a pas le droit de grève et que d'autre part et que d'autre part, celle-ci a été commencée sans préavis!!! Je n'ai pas eu connaissance, d'ailleurs que cette double infraction ait été sanctionnée. S'en est suivi ce qu'il faut bien appeler une véritable mutinerie, qui a duré 11 ans et dont je rappellerai juste deux temps forts : le scandaleux défilé au cercueil et les trois syndicats de police réclamant, par voie de presse, la tête de Madame la Cheffe de la Police et de Monsieur le Président du département des Institutions.

Écrit par : Xavier Andenmatten | 24/09/2008

Ni Lénine ni Mussolini n'ont à ma connaissance posé de bombes en Suisse ou projeté d'en poser. Quant à la grève, elle n'est pas un acte terroriste, mais un acte de revendication par ailleurs reconnu par la Constitution fédérale.

Écrit par : Xavier Andenmatten | 24/09/2008

Monsieur Andenmatten, votre réponse me convient ... à moitié.
Qui a saqué Gérard ?
Qui l'a attaqué ?
Qui est responsable sa chute ?
C'était un radical, ne l'oubliez pas dans votre prochaine réponse, merci.

Entre une bombe réelle et une grève, ou est la différence ?
Il y a eu mort d'homme, point barre.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 24/09/2008

Personne n'a "saqué" M. Ramseyer. C'était un incapable et les Genevois ont mis huit ans à s'en rendre compte, ne vous en déplaise.
Entre les homicides provoqués par une bombe et ceux provoqués par une grève qui serait dans ce cas devenue émeutière voire insurrectionnelle, la différence réside dans la préméditation et l'intentionnalité. Le code pénal suisse fait d'ailleurs très bien la différence.
D'autre part, je pense que vous confondez la grève générale de 1918 et la manifestation de Plainpalais de 1932, réprimée dans le sang par un lieutenant d'infanterie inexpérimenté. Dans ce cas, les morts furent le fait de l'armée et de nul autre!

Écrit par : Xavier Andenmatten | 24/09/2008

Revenons à l'utilité des caméras de surveillance. Lu dans TDG qu'un Algérien sans domicile fixe a commis pendant 4 ans, 19 vols sur le territoire Genevois et il vient de se faire prendre grâce aux caméras installées dans un hôtel de la place.

Donc, à en juger par cet exemple, les caméras de surveillance privées ont joué leur rôle de "chien de garde". Sur l'espace public, il en existe déjà par ex La place des Nations pour des raisons de sécurité. Ces caméras vont-elles aider la police dans la recherche de suspects, si oui elles devraient avoir droit de cité, car la police Suisse semble avoir abandonné le simple contrôle de papier d'identité sur le territoire donc il faut bien un outil de remplacement.

PS: Ce qui m'interroge c'est que cet individu a pu vivre de ses larçins en toute impunité pendant 4 ans. Avait-il des complices en Suisse ? la Justice va t'elle relâcher cet individu pour qu'il puisse commettre son 20ème délit ou allons-nous nous décider à le renvoyer dans la République démocratique algérienne.

Écrit par : sirène | 24/09/2008

Déjà, pour commencer, ces caméras étaient dans un hôtel. C'est un lieu privé et il n'est pas forcément traité par la même partie du droit que le domaine public. Même dans un lieu privé, l'utilisation de caméras peut fort bien être abusif et le maître du lieu peut avoir à répondre de cet abus. Le problème, c'est que sur le domaine public, leur usage est définitivement déterminé par la loi, et si cette loi est-elle même abusive, ou interprétée dans un sens abusif ou encore mal appliquée, les procédures sont beaucoup plus difficiles.

Très souvent, dans un cas d'abus de cette sorte dans un lieu privé, une simple action civile (c'est à dire du droit régissant les rapports entre les personnes)suffit. Si cela se trouve, une comparution ne sera même pas nécessaire. Un abus perpétré sur le domaine public, si tant est que la loi permette de constater cet abus, nécessitera plus facilement une procédure pénale (entre la société et la personne)avec des procédure beaucoup plus lourdes. Dans un procès pénal, Sirène, le banc le plus inconfortable n'est pas celui de l'accusé, mais celui de la partie civile, qui revit le traumatisme de l'infraction qu'elle a subie, qui ne peut agir que sur les aspects matériels (frais médicaux, réparation financière des dommages,etc) et très peu sur le principe même de l'infraction qui est considérée comme perpétrée contre la société, d'où un inévitable sentiment d'exclusion! Vous ajouterez à cela que la partie civile devra parfois même aller plaider devant une juridiction civile pour faire valoir ces prétentions, ce qui retardera encore son travail de deuil.

J'ajoute à cela que le contrôle d'identité est une pratique bel et bien présente en Suisse. Lors d'interpellations, j'ai dû systématiquement m'y soumettre, cela étant comminatoire. Avec ou sans caméras de surveillance, les criminologues semblent s'accorder sur le fait que la plupart des auteur d'infractions retrouvés le sont par hasard. Si des caméras sont installées, les délinquants n'arrêterons pas la délinquance ; ils s'en iront agir en dhors de leur champs, en se montrant plus rusés et peut-être aussi plus violents, pour mieux dissuader leurs victimes de déposer plainte.

Enfin, Madame (car je présume de votre pseudonyme que vous êtes une femme) demandez-vous si, votre ami ayant embrassé une autre femme que vous, vous aimeriez que cette humiliation soit connue des autorités !

Écrit par : Xavier Andenmatten | 25/09/2008

Les commentaires sont fermés.