14/10/2008

Agrocarburants: coup d'accélérateur ?

Différentes sources médiatiques nous informent que les « biocarburants » seront bientôt évalués sur la base de critères internationaux, élaborés à partir d'une analyse complète, « du puits au réservoir ». En proposant la création de tels standards, à laquelle vont participer des représentants des secteurs publics, privés et associations environnementales, l'EPFL a sans doute donné un coup d'accélérateur au débat. L'objectif est d'arriver à un consensus sur l'impact de cette énergie sur le plan de la durabilité. Très bien. Nous en prenons note avec satisfaction -tout ce qui peut contribuer à rendre le monde un peu plus lisible est bienvenu- mais non sans une certaine circonspection. L'urgence de parvenir à mettre tout le monde d'accord risque fort d'occulter certaines réalités et de passer sous silence les légitimes revendications des populations concernées.

Dans le cadre de tables rondes organisées par Swissaid, j'ai eu l'occasion de rencontrer des membres d'associations de pays où les agrocarburants sont implantés et de lire nombre de témoignages: en Indonésie, comme au Mali ou en Inde, les populations locales ne bénéficient pas de cette production, mais au contraire perdent souvent leurs moyens de subsistance. Les exemples colombien, où la production d'huile de palme se fait au détriment de la culture du manioc ou du riz ou indien, où les autorités donnent des terres aux entreprises pour produire le jatropha (« la noix miracle »), sont parlants. Ces terrains, même arides, ne sont évidemment pas vides: des éleveurs y vivent, des plantes médicinales y sont récoltées et des oléagineux y sont cultivés. Bref, on ne part pas de zéro et les conséquences de tels changements sont lourdes pour les populations locales et leur environnement. Souvent peu armés pour faire face aux géants pétroliers, de l'agroalimentaire ou de la biotechnologie, qui investissent massivement, les paysans sont condamnés à se résigner, voire à disparaître. Dans le cadre de la crise alimentaire mondiale, la Banque Mondiale estime à 30 % la part de la demande des agrocarburants dans la hausse des prix. Et selon Joachim von Braun,Directeur de l'Institut international de recherche sur les politiques alimentaires (IFPRI), plus de 100 millions de tonnes de céréales ont été utilisées en 2007 pour produire des agrocarburants !

En l'état actuel, les technologies ne permettent donc pas de produire les agrocarburants de manière durable et rentable: les agrocarburants, censés freiner le réchauffement climatique, sont actuellement en directe concurrence avec la production alimentaire sans compter les dégâts importants sur les écosystèmes (déboisement, défrichage...).

Dans ce cadre, il reste à espérer que le travail de l'EPFL se fasse de façon suffisamment indépendante et participative pour parvenir à une certification crédible. Les rapports de force actuels hélas ne militent pas dans ce sens....En attendant, une politique responsable signifie le refus de l'importation d'agrocarburants industriels des pays du Sud.

 

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