14/10/2008

Nouvelle Constitution : pour un pas décisif vers l’égalité entre femmes et hommes

Écrire une nouvelle Constitution ne revient pas à figer le présent, mais à anticiper et à façonner, dans tous les domaines, le futur pour de nombreuses décennies. Dès lors, il est essentiel que la future Constituante fasse œuvre novatrice, notamment dans le domaine de la représentation des femmes et des hommes en politique.

Il en était déjà ainsi lorsque, en 1864, le philosophe genevois Ernest Naville proposa l’introduction de l’élection à la proportionnelle. Le système majoritaire avait montré ses limites et son iniquité lorsque, en août 1864, l’élection d’Arthur Chenevière avait été invalidée alors qu’il avait obtenu davantage de voix que le radical James Fazy. L’instauration de la proportionnelle qui suivit modifia en profondeur la Constitution de 1847. Une révolution à l’époque, au même titre que l’abolition du vote censitaire ou l’introduction bien plus tard du droit de vote pour les femmes.

Le processus constitutionnel que le peuple de Genève a choisi, et pour lequel les citoyennes et citoyens sont appelé-e-s à élire une Assemblée constituante, devra lui aussi moderniser et revivifier la vie institutionnelle de notre République et canton pour de nombreuses décennies. Nous serions ainsi fiers que, à la fin de ce siècle, nos petits-enfants estiment normal, et même judicieux, que les autorités publiques du canton soient composées, à parité, de femmes et d’hommes, suite à l’introduction dans la nouvelle Constitution d’un article instaurant une représentation proportionnelle et paritaire.

Nous souhaitons quel'égalité soit réalisée dans les faits. À cette fin, nous considérons que la Constitution doit affirmer le principe garantissant l'égal accès des femmes et des hommes aux responsabilités professionnelles, sociales et politiques. Pourquoi ne pas profiter de l'occasion qui nous est donnée par la Constituante pour envisager un projet plus ambitieux ? À savoir que toutes les autorités élues de la République et canton de Genève soient constituées, à l’avenir, pour moitié de femmes et d’hommes (lorsque l’autorité est composée d’un nombre impair de personnes, une différence de un est évidemment admise).

Ainsi par exemple, les citoyennes et les citoyens seraient appelé-e-s à élire 50 femmes et 50 hommes au Grand conseil, de manière proportionnelle et paritaire, les autres règles électorales restant les mêmes. Il s’agit en réalité d’une règle supplémentaire dans la mise en œuvre de la démocratie représentative, au même titre que le quorum, la représentation proportionnelle, les listes de partis, les apparentements, etc. Les partis restent libres de présenter les candidates et les candidats qu’ils souhaitent et l’électrice et l’électeur sont tout aussi libres de voter pour celles et ceux de leur choix, au maximum 50 femmes et 50 hommes au Grand Conseil par exemple.

Une telle proposition a pour but de lancer le débat sur l'adéquation entre l'objectif d'égalité et les moyens que nous nous donnons pour l'atteindre. Nous souhaitons que cette proposition contribue à enrichir le débat sur l'égalité et à faire progresser notre démocratie.

Nous sommes persuadées et persuadés que l’histoire de la démocratie genevoise est loin d’être achevée. Nous sommes prêtes et prêts à accompagner des évolutions qui, aujourd’hui peut-être, paraissent trop novatrices, mais demain seront évidentes. La nouvelle Constitution : n’est-ce pas un pari raisonné sur l’avenir ?



Marguerite CONTAT HICKEL, Lorena PARINI, Matteo GIANNI, Florian IRMINGER, Pierre MEYER candidat-e-s « Verts et associatifs » à la Constituante

15:10 Publié dans GENRE | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Si j'ai bien compris, vous prônez l'instauration de quota ? Je ne dis pas non, mais que faire le jour où il n'y a pas suffisamment de candidats de l'un des deux sexes ? On les désigne d'office ? Je préfère nettement des gens volontaires et compétents, quitte à avoir 100% de femmes ou hommes au gouvernement.

Écrit par : Yves | 14/10/2008

Je vous ai bien compris, Yves, mais avec des raisonnements comme cela, les choses ne sont pas prêtes à évoluer.

Pensez vous que l'on pourrait ne pas, toujours, trouver de candidats compétents ?

Etre candidat à une élection quelle qu'elle soit, implique déjà de se mettre en avant, d'avoir une assez grande connaissance de soi. pour s'estimer compétent (e) c'est déjà un effort.

Écrit par : Digny Anne-Marie | 14/10/2008

Tant que les hommes n'auront pas, eux aussi, le droit de vie et de mort sur leurs enfants à naître, il n'y aura pas d'égalité possible !

Écrit par : Scipion | 14/10/2008

J'aurais bien voulu participer à votre débat mais si vous décrétez "avec des raisonnements comme cela, les choses ne sont pas prêtes à évoluer" vous faites un tri au quart de tour et cela dénote qu'il n'y a pas vraiment de débat ouvert.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 14/10/2008

Si l’on considère vraiment l’homme et la femme comme égale devant la loi, il me semble que c’est biaisé la démocratie que d’introduire un quota sur un critère physique.

Sérieusement et sans volonté de dérision de ma part, si on adhère a ce principe, ne faudrait il pas alors aussi s’assurer que les grands et les petits, les blancs et les noires, les jeunes et les vieux aient un quota de représentation en fonction de leurs proportions dans la population ?

Finalement voter pour des opinions deviendrait presque secondaire par rapport un panel de candidats ayant droit a une place selon un critère physique.

AF

Écrit par : Alain Fernal | 14/10/2008

Vous auriez dû intituler votre billet "Un pas décisif vers la parité entre femmes et hommes".
La parité n'a rien à voir avec l'égalité, c'est juste une promotion de l'incompétence (et du copinage - voyez à l'Etat...) érigée en dogme égalitaire au détriment de candidats capables (hommes, bien sûr).
Votre pas décisif est un pas en arrière, en somme.

:o)

Écrit par : Blondesen | 14/10/2008

Je ne pense pas que ce soit faire "oeuvre novatrice" que de mentionner dans la Constitution des paramètres rigides.
Je rejoins AF car on peut rajouter encore bien d'autres critères à sa liste.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 15/10/2008

La partité telle que proposée se fonde sur le fait incontestable que l'humanité est composée, depuis son apparition sur la planète, pour moitié d'hommes et pour moité de femmes - c'est une réalité invariable quelles que soient les époques, les continents, les cultures considérées. Cela suffit, à mes yeux, à justifier la parité, notamment dans les institutions politiques.

Ce ne sont donc pas les défendeurs de la parité qui "fixent des paramètres rigides", mais ... tout simplement la nature!

La parité hommes-femmes doit être distinguée des quotas pour "noirs-blancs (sic)" "jeunes-vieux" "nationaux-immigrés" ou que sais-je encore, parce que 1) les femmes ne sont pas une minorité 2) on trouve autant de femmes que d'hommes parmi les jeunes/vieux, immigrés/nationaux, etc. La réflexion sur la parité et celle sur des quotas de représentations des minorités ne sont donc pas liées.

Enfin, si une composition paritaire est une condition pour qu'une autorité soit valablement constituée, nul doute que les partis feront le nécessaire pour trouver les candidats - cela provoquera probablement un renouvellement fort intéressant de la "classe politique"!

Écrit par : fabienne fischer | 16/10/2008

Si nous considérons ce qui vient naturellement, nous constatons que les femmes ne se sont pas précipitées comme candidates à la Constitutante alors qu'il est évident qu'il y avait assez de groupes où elles auraient pu s'insérer.
On remarque de même dans les blogs où, malgré les aides que les femmes reçoivent de la part des hommes, elles se retrouvent en minorité.
Qu'est-ce à dire? Que les femmes elle-mêmes ont peut-être d'autres modes de fonctionner que de rester assises toute une demi-journée dans une salle de délibération, qu'il y a une grande variété de situations et de fonctions où elles peuvent apporter leurs contributions et qu'elles sont suffisamment créatrices pour ne pas se fixer dans un cadre qui, à la base ne l'oublions pas, est d'origine masculine!
Encourager des dynamiques est très louables mais les institutionnaliser relève, à mon avis, davantage de l'arbitraire.

Écrit par : Marie-France de Meuron | 16/10/2008

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